Musashi

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jeudi 12 octobre 2017

Les nouveaux prédateurs



Il y a des siècles de cela, ils annonçaient la couleur. Ils inspiraient la crainte, portaient leur cruauté et leur soif de sang en bandoulière, vivaient de faire régner la terreur par leur seule apparition.

Les plus intelligents comprirent que c’était une faiblesse. Qu’il fallait perfectionner leurs moyens d’oppression. Un caïd faisant régner sa loi ne peut susciter longtemps l’adhésion, même forcée. Personne ne peut sincèrement en faire un projet de vie. Sa défaite est inéluctable face à des guerriers déterminés. Alors vint l’armure des bons sentiments.


L’hypocrisie humanitaire est ancienne. Avant nos modernes associations, elle vint se nicher dans les bonnes œuvres : avoir ses pauvres était du dernier chic et surtout désarmait la révolte bien plus surement qu’un régiment. La bonne conscience, déjà, achetait et sanctifiait l’ordre social le plus inique, celui qui faisait travailler les enfants, celui qui ne laissait aucune chance de sortir de sa condition.

Nos meilleurs écrivains les débusquèrent par des charges sans merci. Balzac les démasqua et les ridiculisa. Mauriac leur porta l’estocade, surtout lorsqu’ils se paraient de religion.


D’autres voies d’infiltration furent trouvées. Il ne fallait pas aider les plus faibles, il fallait n’être qu’eux, s’accaparer toute leur légitimité morale en les représentant ! Nous ne sommes rien, soyons tout. Le rouge étendard remplaça la croix et le chantage affectif gagna encore un peu plus en force. Les barbares et les tueurs représentaient la fraternité humaine, l’idéal du bien commun.

La supercherie fonctionna longtemps. Elle hypnotisa jusqu’aux meilleurs esprits. C’est moins la lucidité que le poids énorme des crimes commis qui démasquèrent ces imposteurs-là, réveillant les esprits embrumés.


Les nouveaux prédateurs font bien mieux que ceux qui les ont précédés. Ils comprennent que dans notre monde moderne, la question n’est pas de défendre un message, une conviction ou des valeurs. Aussi rusée la manière de les présenter soit-elle, elles peuvent encore prêter le flanc à la critique ou au démasquage. Non, la bonne façon d’être inatteignable est de travailler avant tout son attitude, en faisant fi du contenu. Peu importe ce que l’on défend, il faut être dans le camp de ce qui est inattaquable. L’arme absolue c’est l’image, seulement l’image.

Il est ainsi apparu deux variantes du prédateur. Le premier est toujours souriant, ouvert, moderne, décontracté et bien entendu humaniste. Il lit « Le Nouvel observateur », « Le Monde », « Libération » ou « Les Inrockuptibles », considère que l’Europe ne peut se réaliser que dans l’UE, se dit libéral en économie mais avec autant de préoccupation sociale que possible, sans qu’il sache d’ailleurs très bien ce que veulent dire exactement ces deux derniers principes, au-delà du fait de les revendiquer pour lui.

Il ne rentre guère dans les moyens pratiques de mettre ces idéaux en œuvre, ou ne le fait que de façon superficielle. Il tourne les talons dès lors que ce dont il se réclame renferme des contradictions qui nécessiteraient un travail et un approfondissement, et feraient apparaître plusieurs alternatives possibles. Car la question n’est pas là, mais essentiellement de soigner son image. Dans le monde du Bien, il ne peut y avoir d’alternative, particulièrement lorsque – par une heureuse coïncidence – notre homme se trouve en être le représentant.


Qui peut être contre l’ouverture, à part de méchants fermés ? Qui peut critiquer l’UE, à part de quasi fascistes rétifs à toute entente européenne ? Qui peut ignorer que pour tout événement géopolitique, il existe une communauté internationale dont la position est fidèlement retranscrite par « Le Monde » et par « CNN », et que celle-ci nous indique le point de vue objectif, modéré et humaniste qu’il convient d’adopter ?

Peu importe pour notre homme que la biologie nous apprenne les deux signes certains de la mort, l’autarcie complète ou l’ouverture à tous vents, la rigidité cadavérique et le dépeçage à ciel ouvert de la charogne. La cellule vivante est un compromis permanent entre ces deux pôles, ni bunker ni ville ouverte mais citadelle, tension difficile entre identité et ouverture, entre le cristal et la fumée. Mais fuyons bien vite ces nuances qui pourraient nous empêcher de prendre la pose.


Peu lui chaut également que la totalité des réussites économiques européennes sont dues à de libres associations entre états souverains, ni que la productivité industrielle de la zone Europe ait prodigieusement chuté depuis l’avènement de l’UE, à l’exception de l’Allemagne. De même il ignorera que la notion de « libre concurrence » est intrinsèquement paradoxale et que mal comprise, elle aboutit à l’éradication de tout esprit d’entreprise au profit d’équilibres financier abstraits, ce dont l’UE est la parfaite illustration. Penser à ceci le mènerait sur la voie d’un iconoclaste tel que Maurice Allais, c’est-à-dire l’exact inverse de son monde merveilleux de la mise en valeur de soi-même.


Enfin, il ne lui viendra pas à l’esprit que la notion de « communauté internationale » ne veut rien dire, parce qu’entièrement définie par l’opportunisme. Que la SDN voulue par Wilson n’ait jamais empêché la seconde guerre mondiale ou que l’ONU soit noyautée par des intérêts lui faisant rendre des condamnations scandaleusement partiales selon l’intérêt du moment n’est pas non plus son souci. Paris vaut bien une messe et le prix du baril de faire silence total sur le Yémen pour mieux hurler sur la Syrie, que la même « communauté internationale » livrait aux factions islamistes les plus dures quelques mois plus tôt.

L’image vous dis-je, l’image. L’on ne peut même plus dire que c’est l’éthique de conviction qui l’a emporté sur l’éthique de responsabilité chez nos modernes larmoyants : même cet antagonisme a été balayé par la société du spectacle, la mise en scène à l’infini du pathos en lieu et place de réflexion. Tout ceci afin de servir la vanité personnelle et la préservation perpétuelle des postes de quelques-uns, par l’imposition du pouvoir absolu, celui de rendre impossible tout débat contradictoire. Ne surtout pas employer de bâillon, qui ternirait notre image : la « cool attitude » est une arme bien plus dévastatrice et bien plus efficace pour stériliser un débat.


Malgré tous ces travers, n’est-il pas excessif de les comparer aux pillards sanguinaires des siècles passés ? Un opportuniste, aussi désagréable soit-il, n’en est pas à éventrer sa proie. Les couteaux de l’équarisseur ne sont pourtant pas loin, bien enfouis derrière les sourires et la décontraction tranquille. Humanitaire pour la devanture, pratiquant l’esclavage domestique dans le privé, avec confiscation de passeport, comme un dignitaire de pétromonarchie.

La toute-puissance de celui qui aide des personnes dans le dénuement le plus complet attise les tentations du prédateur : ce sont dans ces milieux humanistes que l’on voit des hommes abuser sans merci des autres sur leur travail, leur liberté, voire sexuellement. Les véritables humanitaires –ils sont peu nombreux mais ils existent- savent bien toutes les pourritures de l’âme que cachent les bons sentiments. Ils sont pour cette raison très durs et nullement idéalistes sur la nature humaine. Ils savent d’ailleurs que la dernière chose que demande un homme dans le besoin est de la pitié. 

Le prétexte humanitaire crée ces situations troubles de dépendance et d’inégalité considérable de statut, qui fascinent le soixante-huitard en lui faisant entrevoir toutes les possibilités de viol de la personne. Ce qui fait de soixante-huit un immense mensonge est qu’il est avant tout une soif inextinguible de pouvoir absolu, une fascination perverse pour la servitude présentée comme un progressisme. L’auto-analyse menée par Michel Foucault sur ces sujets est à ce titre le seul moment intéressant et un peu sincère de cette révolution de pacotille.


Ajoutez à la panoplie du nouveau prédateur une dose considérable d’hypocrisie. Il fera l’éloge de la prise de risque mais n’en prendra aucun, ou les fera prendre par d’autres. Il dira accueillir tous les migrants à bras ouverts mais entretiendra des quartiers privilégiés pour ne jamais avoir à les croiser et veillera scrupuleusement à ce que ses enfants fréquentent des écoles dont ils sont exclus. Il se décernera des brevets de préoccupation sociale, mais passera sur le corps de collègues beaucoup plus compétents que lui par un art consommé de la manœuvre de couloir.

La « cool attitude » est une arme autrement plus redoutable que l’agressivité directe : elle ne fait pas qu’exercer la prédation à plein régime, elle enjoint ceux qui y résistent d’y adhérer sans réserve, sous peine d’être considérés comme le pire des salauds. Elle obtient que les proies viennent d’elles-mêmes demander à être prédatées, à part quelques esprits restés lucides et pour cette raison bannis.


Les prédateurs du second type ont quant à eux entonné l’antienne des damnés de la terre. Air connu, mais considérablement perfectionné : c’est une religion de conquête, devenue projet politique totalitaire, experte dans l’art de noyauter et corrompre les institutions qu’elle convoite, qui est présentée comme éternelle victime.

Qu’importe que des communautés ayant beaucoup plus souffert que celle-ci n’émette pas le centième de ces plaintes et y réponde par le travail et par l’étude. Ni que la victimisation soit une fausse aide mais un vrai mépris qui entretient ses « bénéficiaires » dans un éternel infantilisme, en les pensant incapables d’autre chose.

Dans leur cas, les couteaux du dépeceur sont plus évidents à voir : ils tuent, pillent, massacrent, violent. Mais le tour de force est ressemblant : c’est à eux que nous sommes supposés accorder compréhension et empathie.


Opposés nos deux prédateurs, parce que l’un dit représenter le progrès et l’autre pratique des formes archaïques ? Leurs stratégies se rejoignent pourtant. Ils mettent en œuvre une véritable orgie compassionnelle paralysant toute réflexion. Ils enjoignent de participer à des séances d’indignation générale, et qui ne répond pas à cette convocation de la pensée correcte ne peut être que le pire des salauds.

Ils ont aboli toute notion de responsabilité individuelle et sont passés maîtres de toujours retourner la faute pour absoudre leurs pires crimes. Ils sont fascinés par le pouvoir absolu et les situations où celui-ci s’exerce de façon ultime : dans leurs formes les plus extrêmes, la destination de nos deux prédateurs est celle de la pédo-criminalité et de l’esclavage des femmes.

Enfin, comme tout manipulateur, ils cherchent à susciter chez leur proie sa perte d’estime. « Hitler cherche à nous donner le dégoût de nous-mêmes » disait Georges Bernanos. Il est extraordinaire de voir à quel point cette phrase s’applique maintenant parfaitement à l’Islamisme et à l’Union Européenne. Le fait que l’arrière petit fils de cette vigie du XXème siècle soit passé dans le camp des modernes prédateurs en dit long sur notre époque.


Enfin, derrière leurs apparences opposées, nos deux sortes de prédateurs s’entendent très bien lorsqu'il s’agit de ménager leurs intérêts, voire font cause commune dans une alliance des opportunismes modernes. Le nombre de bulletins de vote reste une excellente monnaie d’échange, à Sevran ou ailleurs, pour les deux sortes de caïds recyclés dans le commerce du pathos. Un petit renvoi d’ascenseur signalera ce pacte de non agression, par des unes complaisantes pour un rappeur appelant carrément au meurtre et à la haine raciste ou pour un chanteur spécialisé dans le compassionnel des fausses révoltes, ayant mis en pratique ses grandes qualités humaines en massacrant sa femme à coups de poings jusqu’à la mort. 

L’islamisme victimaire est parfaitement soluble dans le mondialisme cool et décontracté et l’union de leurs deux chantages affectifs donne un cocktail létal que l’on fera boire - éventuellement de force - aux peuples et aux penseurs récalcitrants. Après tout, la condamnation à la ciguë a bien été obtenue par les sycophantes, ancêtres de nos modernes professionnels de l’image et du chantage à l’émotion.


Notre civilisation est en train d’être anéantie et sa chute sera précipitée si nous n’agissons pas maintenant. L’ironie est qu’elle a réussi à survivre à la barbarie des SS et des soviétiques, mais que ce qui en viendra à bout est une armée de pleurnicheurs et de moralistes dégoulinants. Bien plus efficace que la force des armes, une orgie compassionnelle est en train de nous noyer et nous fait tendre le cou à l’égorgement. 

Nous ne devons pas combattre un adversaire idéologique mais avant tout un maître chanteur, ce qui place la barre de la lucidité et de la détermination encore plus haut.



Si vous avez aimé cet article, mes deux livres sur le monde de l'entreprise et plus généralement sur les pièges de la société moderne. Egalement disponibles au format Kindle :


3 commentaires:

  1. Bonjour Marc,

    Félicitations pour votre article qui explique très bien toute l'hypocrisie de nos faux humanistes, que moi j'appelle "les nouveaux bigots". Pour ma part, je fais des chansons contre cette bien-pensance gauchisante. Vous pouvez les voir sur Youtube. Voici quelques titres:
    Les réfugiés : https://youtu.be/ogcnCl_RBwg
    Super cool : https://youtu.be/0V9OZo9hhv4
    Quand on n’a que l’amour... ça craint du boudin : https://youtu.be/-PfktngCjnI
    Mon cher Voltaire : https://youtu.be/WPaF1s8G_WQ
    Hollywood ça s'arrange pas: https://youtu.be/utdLBH947GE
    L’a pas dû lire le Coran : https://youtu.be/6649d5gigII
    Veuillez noter que « L’a pas dû lire le Coran » est partiellement censurée par Youtube qui y a appliqué une restriction d’âge, ce qui dans la pratique signifie que vous ne pouvez la voir que si vous êtes connecté à votre compte Google.

    Voilà, j'espère que vous pourrez les écouter et que certaines vous plairont...

    Cordialement,

    Aramos

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  2. Merci pour cet excellent article !
    Tout ce qui y est dit, décrit parfaitement notre société actuelle, triste constat !!

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  3. et ils savent qu' il n' est pas facile de réagir

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